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2022 mars 07

La championne de motocross Cindy Trudel parle compétition, défis et succès

Cindy Trudel est une figure importante du motocross au Canada. Avec 6 championnats à son actif, un chemin vers le succès particulier et une carrière prolifique, elle a de plus posé des jalons importants en tant que coureuse et est reconnue comme une pionnière de la compétition féminine hors route.

Pour la Journée internationale des femmes, nous avons discuté succès et réussites avec Cindy.

Tu discutes ouvertement du fait que tu as joint la compétition en motocross plus tard que la majorité des autres pilotes. Qu’est-ce qui t’a donné la piqûre et t’a donné envie de te lancer?

J’ai effectivement commencé sur le tard, à 25 ans, soit à l’âge où la majorité arrête. Mon frère de 7 ans mon ainé, a longtemps fait de la compétition d’endurocross et de motocross et j’aimais beaucoup le regarder rouler. Si on recule en 2004, il n’y avait pas vraiment beaucoup de filles qui compétitionnaient. C’est vraiment à partir de ces années-là que la présence des femmes a pris son envol dans le sport. C’est donc en 2004 que j’ai acheté ma première moto et qu’on ma convaincue de me lancer dans une course d’endurocross, juste pour essayer, juste pour le plaisir.

Mal préparée, ne sachant pas trop à quoi m’attendre, n’ayant jamais fait de compétition, tous sports confondus, j’ai terminé la course en 4e place. Si près d’obtenir un podium, je me suis dit que je devais en réessayer une autre, mais cette fois-ci en me préparant plus adéquatement.

Réalisant que j’obtenais des résultats intéressants malgré mon manque d’expérience, j’ai tout simplement continué sans plus m’arrêter. J’ai coursé 4 ans en endurocross et j’ai transféré vers le motocross après ma première grossesse, en 2009.

Qu’est-ce qui t’a fait tomber en amour avec la compétition aussi rapidement?

C’est une bonne question et c’est difficile à expliquer. Je dirais que c’est principalement le sentiment du dépassement de soi. Pas le temps de penser à la douleur et à la fatigue; tu repousses tes limites et tu dois faire de ton mieux.

Une fois la course terminée, le sentiment d’avoir tout donné, la fierté ou même la déception t’amènent à avoir déjà hâte à la prochaine course, en analysant ce que tu peux améliorer.

L’adrénaline que l’on ressent sur la grille de départ est incomparable. Le niveau de concentration qu’on arrive à atteindre pendant la course est impressionnant. On est forcé de comprendre ce que c’est que de vivre le moment présent. J’adore l’ambiance et l’effervescence dans les puits lors des journées de compétition. La majorité des filles/femmes s’entendent bien et on a du plaisir ensemble. J’ai eu le privilège de créer des liens avec des personnes extraordinaires partout au Canada et aux États-Unis.

Tu as connu beaucoup de succès très tôt dans ta carrière. Qu’est-ce qui t’a permis de gravir les échelons aussi rapidement?

On m’a fait réaliser le potentiel que j’avais dans ce sport qui est rapidement devenu ma passion. Michel Falardeau, de Moto Falardeau à Mont-Laurier, m’a fait comprendre que c’est au volant d’un KX125 que j’allais progresser rapidement et que j’allais obtenir du succès.

J’ai aussi eu le privilège de rencontrer, par l’entremise d’un ami, un ancien coureur de motocross qui est devenu mon entraineur, mon mécanicien et un bon ami à mon conjoint et moi.

Claude Morand est le principal artisan de mon succès. J’en ai passé des heures avec lui sur la piste à pratiquer et à apprendre les techniques. Il m’a aussi appris à faire la mécanique sur mes motos et m’a enseigné comment trouver les bons réglages selon les conditions de la piste et les conditions météo.

Il n’y a pas de recette magique pour obtenir du succès dans ce sport. C’est vraiment la combinaison d'entrainements à moto fréquents, d’une bonne préparation physique, d’une bonne moto avec de bons ajustements, de s’entourer des bonnes personnes. On ajoute à ça : la passion, la persévérance et la ténacité.

Quelle a été la courbe d’apprentissage la plus exigeante que tu as eu à franchir en faisant face à des compétiteurs plus jeunes et plus aguerris?

Ma courbe d’apprentissage au début a été assez rapide, car j’avais tous les éléments en place et je mettais tous les efforts nécessaires pour y arriver. Quand je compétitionnais en endurocross, il n’y avait qu’une seule catégorie féminine. On était plus de 40 filles sur la grille de départ et il y en avait de tous les âges.

Quand je suis arrivée en motocross, toutes les filles étaient plus jeunes que moi. La majorité avait commencé la moto très jeune. Elles avaient le temps de s’impliquer et de se dédier à leur sport a 100%, elles s’entrainaient dans le sud l’hiver et recevaient l’aide et le support de leurs parents.

Étant maman, c’est vraiment la gestion d’horaire qui était compliquée, inévitablement le manque d’heures d’entrainement et l’impact sur mes responsabilités et mon travail advenant une blessure.

Heureusement ma passion et ma détermination sont plus fortes que tout et l’important, c’est de s’accomplir et de réussir à avoir du plaisir dans tout ça.

De quel exploit es-tu le plus fière?

Il y a plein de moments précis dont je suis fière, parfois simples, parfois grandioses.

Évidemment, mes 6 championnats provinciaux autant en endurocross et en motocross, dont un contre les hommes, font partie de mes grandes réussites.

Je suis aussi fière d’avoir coursé partout au pays, d’avoir terminé 3e au Stade olympique, d’avoir été la première femme à grimper sur le podium contre les hommes au Transcan de Walton et d’avoir été la première femme à obtenir des commandites équivalentes à celles des garçons grâce à la confiance et la vision de Kawasaki Canada.

Mais, ce dont je suis le plus fière c’est d’avoir perduré malgré mon âge, d’être encore compétitive au niveau national, d’influencer positivement les jeunes filles et femmes et de leur montrer que c’est possible.

Tu es maman de deux enfants et as reçu le surnom de « mom racer ». Quels sont les aspects positifs et les défis qui émergent de la conjugaison des deux rôles?

C’est le surnom que mes amis(es) me donnent depuis que je suis maman de 2 enfants. Disons que quand ils étaient plus jeunes, c’est papa qui conduisait la poussette sur le bord des pistes et mes enfants s’endormaient toujours pendant mes courses, au son des moteurs.

Maintenant qu’ils sont plus grands et plus autonomes, ça simplifie la gestion de papa, et c’est même ma fille de 13 ans qui m’accompagne sur la grille de départ et me fait des petits « pep talk » pour me motiver avant la course.

J’ose croire que je leur inculque de bonnes valeurs comme la persévérance et le courage, qu’il faut travailler fort pour atteindre ses buts. C’est toujours plaisant de partir avec eux et mon mari en camping pour les courses. On fait de beaux voyages et on découvre plein d’endroits ensemble. Évidemment, mon défi est de tout préparer, entre le boulot, les obligations d’adultes et les entrainements pour arriver prête aux courses.

Je n’ai pas juste moi à penser et seul mon conjoint est en mesure de m’aider dans cette préparation. J’arrive bien souvent tard sur les sites de compétition, essoufflée et fatiguée, mais ça fait partie de ma réalité et je n’y changerais rien au monde.

Maintenant, mes enfants et moi faisons de la moto ensemble (non, papa n’en fait pas) et on s’amuse sans pression. Juste du pur bonheur à bord de nos motos Kawasaki.

Quelles valeurs as-tu acquises en piste qui s’appliquent à la vie de tous les jours?

Ce que j’aime de ce sport, c’est qu’une fois en piste, tu ne peux compter que sur toi. Tu dois apprendre à être bien concentré et dans le moment présent. J’ai donc appris à croire en moi, à me dépasser, à me relever après les chutes ou les blessures.

Le courage d’affronter des conditions de piste ou de météo difficiles, se surpasser pour affronter certains obstacles, comme des sauts parfois impressionnants. La discipline de se préparer, se coucher tôt plutôt que de faire la fête, s’entrainer et être en bonne forme physique. Malgré qu’on affronte des adversaires, il est important de tous se considérer avec respect.

C’est pourquoi malgré les risques liés à la pratique de ce sport, je veux que mes enfants aient leurs motos, pour acquérir toutes ces belles valeurs et aussi pour qu’ils apprennent le sens de la responsabilité, car tu peux te blesser ou blesser quelqu’un d’autre.

Quels conseils as-tu pour ceux qui songent à faire leurs débuts en motocross ou qui font leurs premiers pas dans la discipline?

S’entourer de gens qui s’y connaissent et de ne pas tenter d’écouter tout le monde en même temps. Accepter de gravir les échelons un à un pour éviter les blessures.

On ne se met pas en forme en faisant de la moto, on se met en forme POUR faire de la moto. Contrairement à ce que les gens pensent, c’est un sport exigeant physiquement; c’est le pilote qui doit promener sa moto et non l’inverse.

Commencer avec de petites cylindrées; un débutant ne devrait jamais commencer sur une puissante moto comme le KX450. Pour aller vite, pour sauter loin, ça prend une bonne technique et non pas un gros moteur.

Il ne faut pas négliger l’importance de suivre des cours. Plusieurs athlètes/coureurs donnent des cours privés ou en groupe. Certaines pistes comme X-town, Motocross Deschambault ou MX Tring-jonction offrent également ce service.

Il y a tant à apprendre pour conduire une moto efficacement et sécuritairement. Vous y gagnerez temps et plaisir et éviterez les blessures lié4s à la témérité, le manque de contrôle ou le manque d’expérience.

Que prévois-tu faire maintenant que tu as pris ta retraite de la compétition? Souhaites-tu rester impliquée en motocross?

Je préfère parler de semi-retraite. Ce sport, je l’ai dans la peau et dans le cœur et j’ai besoin de rester en contact avec la compétition.

Cependant je suis forcée de constater qu’à mon âge, si je suis capable de bien performer, mon temps de récupération est beaucoup plus long qu’avant. C’est devenu très épuisant de soutenir le rythme et la forme physique durant un calendrier complet de championnat.

C’est pourquoi je vais participer à quelques courses ici et là, mais sans m’imposer un horaire chargé et compressé. J’adore aussi transmettre mes connaissances, aider les autres à apprendre les rudiments du métier et surtout, leur transmettre le plaisir à moto tout en étant sécuritaire.

Je compte bien être à bord de mes KX250 que j’adore le plus longtemps possible, rouler avec mes enfants, voire même jusqu’au jour où je serai mémé pour en faire avec mes petits-enfants.

 

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